18 juin 2006

Proximité

Ça faisait des lunes que je n'avais pas été si près de lui. À quelques centaines de mètres, tout au plus. J'étais là, tout près, sans que lui ne soupçonne ma présence. Et pourtant, avoir tenu bon encore quelques minutes, à peine une heure peut-être, j'aurais pu le voir arriver. Le voir me voir. J'aurais pu... ça aurait été si facile, si réalisable. Revoir ses yeux, réentendre sa voix, avoir cette proximité tant espérée depuis trop d'années. J'aurais pu rire encore de son cynisme, de son humour si noir que je jalouse tant. Quelques mètres, quelques minutes, quelques hypothèses de scénario... puis, rien du tout.

J'ai tiré ma révérence avant. Avant que ne sonne le glas. Avant que l'hypothétique ne se matérialise. Parce qu'il était temps de retourner dans mes quartiers. Parce que je ne voulais pas être seule à attendre son arrivée. Parce qu'avec les autres, autour de moi, j'aurais eu plus d'assurance. Parce que je me suis mise à imaginer un fiasco potentiel. Un silence de plomb remplaçant le fil magique. Un malaise gigantesque plutôt qu'une complicité invisible.

Je me suis poussée... avec la peur au ventre et un peu de déception. Je sens qu'on n'y échappera pas... peut-être plus rapidement qu'il ne peut le croire. Une nouvelle lune et ça pourrait y être...

J'ai lancé tout ça dans l'univers hier soir.. et j'ai trinqué au destin...

15 juin 2006

La truite

Quand on s'approche trop près de moi, quand on tente par tous les moyens de m'atteindre, ce sera immanquable. Inévitable. Je fuirai. Je glisserai entre ces doigts trop insistants. Pour n'être la prise de personne, la capture de quiconque. Que se soit en amitié, en famille, en flirt ou en plus sérieux.

Je vous entends déjà clamer que j'ai peur de l'engagement. Je n'ai pas peur de l'engagement. Je n'en veux pas. C'est là toute la différence. Parce que j'y ai goûté, j'y ai mordu à pleines dents, je m'en suis gavée. Jusqu'à l'écoeurement. Comme des bonbons trop sucrés mangés à la hâte. Ou comme la dernière bière de la soirée qui donnera la nausée et le mal de bloc. Je connais son goût, je connais son ampleur. C'est donc en pleine connaissance de cause que je ne m'y astreins plus.

Alors, maintenant, quand on tente de me lier trop solidement, je m'enfuis. Momentanément ou éternellement. Vous m'ouvrez votre porte une heure, je vous accueille chez-moi un week-end... vous pouvez être certain que je prendrai le large par la suite. Histoire de me retrouver. Histoire de ne pas créer d'attentes. Histoire de ne pas me sentir obligée à quiconque. Plus vous insistez, plus longue sera votre attente. Ce n'est pas méchant, ce n'est pas prémédité. C'est un réflexe qui s'opère simplement.

Je n'ai pas trouvé de façon autre pour ressentir vraiment ma liberté. Ma solitude, mon antre, mon repère, je les garde jalousement. Je m'y installe confortablement sans rancoeur ni amertume. Ce n'est même pas négociable pour quiconque dans mon entourage. C'est à prendre ou à laisser, que ça plaise ou pas.

Ce mécanisme, je l'ai baptisé "la truite". Selon l'image d'un pêcheur qui tente de prendre un poisson à mains nues. Ça prend un sacré talent pour y parvenir. Plus souvent qu'autrement, ça frôle l'impossibilité à réaliser.

Et c'est exactement le plan de match du week-end. Pas de devoir, pas de lien, pas d'attache... ou si peu. Je plonge, je glisse entre vos doigts et je n'ai aucune idée du moment où je remonterai à la surface...

04 juin 2006

Trépas

Qu'est-ce que je ferai quand tu pousseras ton dernier soupir? Comment pourrai-je trouver la force de fermer tes paupières sur l'éternité? Serai-je capable, un jour, de combler ce grand trou que tu m'auras planté au coeur?

Tu me laisseras sur une route beaucoup trop longue pour être parcourue seule. Tu me couperas les ailes abruptement. Je n'aurai que pour souvenirs ta voix, tes yeux, ton rire. Ta voix qui deviendra trop faible pour me guider. Tes yeux qui ne brilleront plus que dans ma mémoire. Ton rire que je ne pourrai faire résonner que dans des pièces trop vides de ton absence.

Ces moments forts que la vie me donnera, je serai forcée de les traverser sans toi. Sans ta main réconfortante sur mon épaule, sans ta confiance irradiant ton regard. En décrochant le combiné, je le reposerai trop souvent avec de l'eau plein les yeux. Le rappel implaccable de ton absence éternel et sans appel.

On fera comment sans toi, la base de notre vie? Tu crois vraiment qu'on arrivera à faire comme si? À faire comme quand? Comme si la vie continuait facilement sans toi? Comme quand ta présence, tel un phare, nous rappelait notre source?

Qui pourra tarir mes larmes amères? Qui pourra me consoler quand je te réclamerai dans mes nuits endeuillées? J'aurai beau porter ton héritage en moi, j'aurai beau avoir ton sang en mes veines, tu seras trop absente en mon décor.

En attendant l'irréversible inévitable, je tente de conjurer le sort. Je pourrais implorer ton dieu de te laisser la vie sauve. Je ne sais plus comment et j'aurais plus envie de le maudire que de le supplier. Je pose ma foi en toi, en la vie, en la force de l'espoir.

Tu auras tenté de me préserver jusqu'à la fin... alors que c'est par la suite que j'aurai le plus besoin de toi...

01 juin 2006

Contradiction

Laisse ma vue libre de ta présence
Laisse mes veines pures de ton souffle
Laisse mes souvenirs enfouis dans mes méandres
Laisse mes larmes innondées mes lèvres amnésiques de toi

Garde tes maîtresses secrètes à mon oeil
Garde tes insinuations aux creux de tes mains
Garde tes sortilèges pour des cieux enivrants
Garde tes promesses pour l'ultime courtisane

Abandonne l'espoir vain de ma main sur ton coeur
Préserve tes efforts pour la quête suprême
Abandonne mes yeux te réclamant, encore et encore
Préserve la destinée pour immortaliser l'illusion que c'est possible