24 novembre 2017

Fuir ou mourir

J'ai sauvé ma peau.

J'avais jamais fait ça avant, laisser quelqu'un. Et je pensais pas qu'on pouvait laisser quelqu'un qu'on aime profondément, sincèrement.

J'ai cru, du début à la fin, que j'avais rencontré la bonne personne. La femme de ma vie. Oui, moi, l'irréductible célibataire endurcie. Dieu que j'y ai cru. Et j'ai tout fait pour. Jusqu'à me marcher sur le coeur. Jusqu'à me rendre malade. Physiquement et émotivement.

Puis, j'ai sauvé ma peau.

Si c'était à refaire, je le referais. Aussi fort. Aussi intensément. Aussi engagée. Mais je quitterais le navire plus tôt. Bête comme ça.

Parce que je ne pouvais pas vouloir pour deux. Parce que la vie de couple qu'elle me proposait, c'était trop peu pour moi. Oui, pour moi l'irréductible célibataire endurcie. J'en avais assez des miettes. De son besoin de solitude qui m'a fait me questionner sur mon rôle dans la vie de l'autre. De ses décrets et de ses désirs, non-négociables, qui m'excluaient plus souvent qu'à mon tour. Je ne savais plus que faire de mon désir et mon envie de plus avec elle, qui ne trouvaient jamais écho dans ses yeux et dans ses gestes.

Alors, j'ai sauvé ma peau.

J'ai quitté une femme exceptionnelle, malgré toutes mes déceptions et mes convictions. J'ai compris que je voulais mieux et plus que ça. J'ai compris que je méritais mieux et plus que ça. J'aurais vendu ma mère pour qu'elle ait un wake-up call avant que je ne ferme la porte. J'aurais pu en accepter encore un peu plus, juste pour avoir la chance de me poser plus souvent, plus longtemps, à ses côtés. Mais ça n'est jamais venu.

J'ai sauvé ma peau.

Je ne pensais pas qu'on pouvait se désoler autant. Se désoler de constater qu'on avait un bonheur immense à portée de main. Et qu'elle l'a refusé, sous prétexte qu'elle ne pouvait pas m'en donner plus. C'est terrible de laisser quelqu'un qu'on aime. Ça l'est doublement quand l'autre nous aime aussi. Ça laisse dans la mémoire et le coeur une scène d'une tristesse sans nom. Une scène et des mots qui, quand j'y repense, me font pleurer immanquablement. Une scène et des mots qui, quand j'y repense, me font rager intérieurement. Et l'absence. "S'habituer" à l'absence de l'autre. Le beau paradoxe ici, puisque je la trouvais trop absente alors qu'elle était présente dans ma vie. Malgré l'angoisse et l'anxiété qui s'estompent au fil des jours, tout d'elle me manque. Sa voix. Ses yeux. Ses mains. Son amour, même imparfait et au compte-goutte.

Et maintenant que j'ai sauvé ma peau...

Je constate le chemin qu'elle m'a permis de faire, seule et à ses côtés. Je constate que je me connais enfin, grâce à elle et grâce à moi. Et, presque honteusement, je constate que j'ai envie de goûter à nouveau à ce bonheur. Pas ce soir. Pas maintenant. Mais malgré toute la peine qui me submerge sans répit, je ne suis pas rassasiée de faire battre mon coeur pour quelqu'une. J'aurai envie, à nouveau, un jour, de glisser ma main dans celle d'une autre. À mes conditions, cette fois-ci.

Et la prochaine fois, j'espère ne pas avoir à sauver ma peau.

2 commentaires:

Patate a dit...

Xx

Sonia a dit...

Merci Patate xx